L'étrange fin de la carte Orange Par Marie-Anne KLEIBER
Le Journal du dimanche Dans des dizaines de
stations de métro, un message est répété en boucle depuis la fin
octobre : "La carte Orange va disparaître." Et, depuis,
c'est le passe Navigo* qui prend massivement le relais. La carte
à puce violette va complètement remplacer le coupon magnétique
d'ici la fin de l'année, voire avant. Au rythme actuel - plus de
100.000 changements par mois - il n'y aura plus de carte Orange
en papier d'ici juillet prochain. Les abonnements mensuels ou
hebdomadaires seront alors enregistrés sur le microprocesseur de
Navigo. Ce transfert se fait cependant "en douceur",
insiste-t-on au Stif, le Syndicat des transports
d'Ile-de-France. Pourtant, il n'y a pour l'instant aucune date
butoir pour la fin officielle de la carte Orange. Aucune
obligation donc.
Mais le processus est enclenché de façon "dynamique"
selon la RATP. "C'est vrai qu'il y a des annonces alarmistes
dans certaines stations", regrette-t-on au Stif... Après les
concours (voyage à New York), les affiches de publicité
insolites, la méthode se veut progressive mais plus
contraignante. Peu à peu, des stations du réseau - 54
actuellement, 65 fin février (sur 298 stations) - ne délivrent
plus aucune carte Orange magnétique. Cinq euros pour garder l'anonymat
Deux mois avant l'arrêt total de la vente des coupons sur
papier, des messages sonores préviennent les passagers du
changement dans leur station. Des agents s'installent aussi dans
les couloirs, devant un grand paravent annonçant la fin de la
carte Orange. Ils renseignent sur Navigo, et peuvent effectuer
immédiatement les photos d'identité nécessaires, grâce à un
appareil numérique et une imprimante. Succès assuré il y a
quelques jours station Place-de-Clichy. Les passagers faisaient
la queue pour remplir leur demande pour un passe.
Cette stratégie plus offensive résulte d'une enquête lancée par
le Stif au printemps dernier. A cette date, seulement 500000
abonnés sur 1,5 million de détenteurs de cartes Orange ont
basculé sur Navigo, soit à peine quelques dizaines de milliers
par mois depuis mai 2006 (début du Navigo Orange). Pour
comprendre les freins au changement, des panels de passagers
sont alors questionnés.
"On s'est rendu compte que les usagers étaient un peu
attentistes, déclare Olivier Nalin, directeur du développement
des affaires économiques et tarifaires du Stif. L'étude nous a
montré qu'il ne fallait pas hésiter à les pousser, parce qu'ils
attendaient d'être obligés de faire la démarche." Inertie
donc, mais aussi nostalgie, attachement au "bon vieux"
coupon Orange, méconnaissance pour un petit pourcentage du
fonctionnement de la carte Navigo... Mais peu de craintes
exprimées chez ces usagers concernant la peur d'être "suivi"
à la trace grâce à la puce du passe** (selon le Syndicat des
transports franciliens, les données ne serviront qu'à des études
statistiques sur les déplacements et pour lutter contre la
fraude). Des tickets à l'unité vendus jusqu'en 2011
Une carte Navigo anonyme, baptisée Découverte, a été mise en
place en septembre, à la suite de recommandations de la CNIL, la
Commission nationale de l'informatique et des libertés. Mais
elle est payante (5 euros). Fin janvier 2008, 25.000 personnes
l'avaient adoptée, contre plus d'un million pour le passe Navigo
Orange, gratuit mais nominal. A la section Ile-de-France de la
Fédération nationale des usagers des transports, la présidente
Simone Bigorgne estime que "le passe Navigo est un plus, on
va vraiment plus vite aux portiques". Et d'ajouter: "Je
ne comprends pas le refus du passe Navigo par peur du fichage,
ou alors il faut être cohérent et n'avoir ni portable, ni badge
électronique, ni carte bancaire !"
Les syndicats Sud-RATP, CGT-RATP et FO Cheminots ne s'opposent
pas non plus au passe, mais s'inquiètent de son corollaire :
l'installation de guichets automatiques, qui ne conviennent pas
à tous les passagers, et qui conduisent à des suppressions de
postes. "En 2007, il y en a eu près de 30 chez les agents de
station, affirme Jean-Marie Sarda, délégué CGT-RATP. Pour 2008,
cent sont prévues !"
En ce qui concerne les billets à l'unité, leur vente va se
poursuivre jusqu'en 2011. Pour la suite, il n'y a pas encore de
scénario arrêté : les usagers pourront peut-être acheter des
cartes à puce avec un microprocesseur moins sophistiqué ou
achèteront des billets via leur passe Navigo. Ou encore
chargeront des tickets virtuels sur leur téléphone portable... "Le
poinçonneur des Lilas" appartiendra alors à la préhistoire.
* Il équipe déjà les 1,5 million de détenteurs d'abonnement à
l'année, Intégrale, et les cartes jeunes, Imagine R.
**Lire sur le sujet Sous l'oeil des puces, de Michel
Alberganti, éd. Actes Sud, 2007.
Mercredi 18 juillet 2007
par Thierry Steiner
du lundi au vendredi de 19h20 à 20h
18/07/2007 > Notre vie
privée est elle en danger?
Vivons nous déjà dans le monde de
Big Brother? Les caméras vidéos, le passeport électronique, la
carte vitale, la localisation GPS, la biométrie...ces
technologies vous regardent!
Invités :
- Alex Türk, président de la Cnil
(Commission natioanale de l'informatique et des libertés)
- Christophe Soullez, Directeur de
l'Observatoire national de la délinquance.
- Michel Alberganti, Journaliste
auteur de " Sous l'oeil des puces" aux Editions Actes Sud.
- Jean-Marc Manac, Journaliste au
Monde, spécialiste de la surveillance électronique.
C’est l’été, le
temps est au soleil et à l’insouciance... c’est probablement
parce que vous n’avez pas encore lu
Sous l’oeil des puces : La RFID et la démocratie.
Aujourd’hui présentes dans les passeports biométriques, le
Navigo de la RATP, les passes "passage rapide" des péages
d’autoroute ou même les tout nouveaux vélos parisiens en
libre-service, les puces radio communicantes seront demain
partout. Ce mouchard universel fait-il peser une menace sur
la démocratie ? Sous
l’oeil des puces : La RFID et la démocratie
Samedi 30 juin 2007
L'atelier numérique sur la radio BFM
L'Atelier numérique de François
Sorel sur BFM a consacré une vingtaine de minutes au débat sur
la RFID autour du livre "Sous l'œil de puces".
Ecoutez l'extrait de l'Atelier
numérique sur la RFID:
Le site de l'émission "L'Atelier
numérique"
Disparition de métiers,
impossibilité de communiquer sans machines, vision utilitariste
du monde, identification croissante des individus et traçabilité
des biens avec la biométrie et les puces de détection. Le
portrait qu’ils font de la société ne prête guère à rire. Mais
ces libertaires inquiets sont rejoints ici ou là par d’autres, à
l’instar de Michel Alberganti qui alerte, dans Small
Brothers (Actes Sud, 2007) sur le danger des puces RFID
(celles qui détectent un objet ou une personne), qui se
déploient dans l’indifférence générale, et sur leur danger pour
la démocratie. «Je ne serais pas étonné qu’il y ait dans les
années à venir un mouvement de critique croissant» ,
suggère Nicolas Chevassus-au-Louis.
Samedi 19 mai 2007 - 18h30 18h30
Actuelles :
Claudine Castelnau avec Michel Alberganti, journaliste
scientifique
- Sous l’oeil des puces. Menace sur la
démocratie, de M. Alberganti, (Ed. Acte Sud)
Lundi 14 mai 2007
- de 17h00 à 18h00 Du grain
à moudre Une émission de Julie Clarini et Brice Couturier
Les puces (RFID) vont-elles nous
domestiquer ? L’invasion des puces
communicantes est-elle programmée ?
Cela ressemble à une mini-étiquette
: elle se compose d’une puce et d’une antenne, et fonctionne
grâce à la radio-fréquence. Chaque étiquette est unique, ce qui
permet de distinguer l’objet ou la personne qui la porte. Mais
surtout, ce qui la différencie d’une technologie voisine comme
le code-barre, c’est que cette étiquette est lisible à distance,
jusqu’à quelques mètres, mais aussi lisible à travers une
épaisseur, celle d’un emballage comme celle d’une peau.
Le passe de métro parisien Navigo, de nombreuses clefs de
voiture, fonctionnent déjà à l’aide de cette technologie. Les
applications de la RFID sont nombreuses : le suivi industriel en
chaîne de montage, les inventaires, la saisie automatique d'une
liste de produits achetés ou sortis du stock. Plus proche de
notre vie quotidienne, des universités américaines utilisent des
cartes RFID qui permettent aux étudiants d'accéder à la
bibliothèque vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours
sur sept. Sans que les étudiants aient eu à passer devant les
bornes d’enregistrement, les services de gestion savent
exactement à chaque instant dans les mains de quel utilisateur
se trouve quel livre. Bientôt avec le même système, nous
n’aurons plus à faire la queue aux caisses des magasins, la
liste des produits sera débitée directement sur notre compte.
Mais toutes ces puces inversement permettront l’identification à
distance de notre environnement privé, comme ces livres que nous
avons empruntés, comme ces produits que nous avons achetés, au
plus grand profit du marketing et autres stratèges commerciaux.
Ceux qui utilisent régulièrement les services de la Toile savent
que nous sommes espionnés quand nous surfons par ces petits
cookies qui enregistrent les sites sur lesquels nous sommes
passés ; demain, avec la généralisation des puces RFID, ce sont
tous nos achats et nos déplacements qui pourront être transmis à
l’ordinateur dont nous serons devenus un objet d’étude. Des
sortes de « small brothers » comme l’écrit notre collègue Michel
Alberganti dans un essai sorti chez Actes Sud, des « small
brothers » qui nous traceront avec ou sans notre accord, puisque
rien aujourd’hui n’oblige les fabricants à nous révéler si leur
produit contient ou non une étiquette RFID. Bref, la perspective
d’une société de surveillance généralisée est un cauchemar qui
peut devenir réalité très vite et surtout de manière extrêmement
insidieuse. Saurons-nous nous défendre ? Comment
résisterons-nous aux facilités immenses que la RFID apportera
dans notre vie de tous les jours ?
Invités
Michel Alberganti.
Journaliste scientifique, Producteur de l'émission
"Science Publique (France Culture)
Marc de
Fréminville. Polytechnicien.
Responsable des ventes RFID pour IBM Europe
Sud et Ouest.
Stéphanie Lacour.
Chercheur CNRS en science du droit, membre du groupe nanotechnologie à
l'OCDE.
Mathias Moulin
(en duplex). Chargé de
mission à la CNIL sur les questions technologiques.
Ecoutez l'émission
sur le site de France Culture:
Mai 2007
Small Brother vous surveille
Devra-t-on choisir entre sécurité et liberté ?
C’est la question que pose dans ce livre le journaliste Michel
Alberganti. En cause, l’invasion discrète de notre environnement
par les puces RFID ( Radio Frequency Identification ou
identification par fréquence radio). Ces dispositifs sont des
sortes de mémoires électroniques que l’on peut lire à distance
grâce à un lecteur adapté. Implantées sur un pull, elles
pourraient, par exemple, comporter un numéro d’identification,
des informations sur la marque, la date et le lieu de
fabrication. Mais au moment de l’achat, ces données peuvent être
couplées aux informations personnelles du nouveau propriétaire.
Dans ce cas, l’anodin vêtement se transformerait en un
redoutable mouchard délivrant toutes ses données à chaque
passage devant un lecteur, sans même que la personne qui le
porte se doute de quoi que ce soit.
Ce n’est encore que de la science-fiction,mais cette technologie
pourrait vite, selon Michel Alberganti, nous faire basculer dans
une société qui, au nom de la sécurité, accepterait un
espionnage permanent. Ce ne serait plus Big Brother, mais Small
Brother qui vous surveillerait. Sous l’oeil des puces, Michel Alberganti, Actes Sud, 267
p., 22 €
It’s so
british
La Grande-Bretagne est en train de devenir une "société sous
surveillance", alerte la commission britannique pour
l’information. Les membres de cet organisme indépendant
chiffrent à 4,2 millions le nombre de caméras qui épient les
habitants, 24 heures sur 24. Soit une pour 14 personnes. Un
Londonien peut être filmé jusqu’à 300 fois par jour.
Ces yeux indiscrets sont partout : dans les centres
commerciaux, les toilettes publiques, les stades, le métro,
les trains et les bus, dans les rues ou sur les
autoroutes... Grâce à un système unique au monde, la police
britannique peut suivre à la trace les 30 millions de
véhicules sur tout le territoire et garder les trajets en
mémoire. Cette surveillance à l’extrême nécessite
l’enregistrement de quelque dix millions de vidéocassettes
chaque jour.
Le pactole
L’International biometric group qui édite régulièrement un
rapport sur la biométrie, prévoit une croissance soutenue du
marché mondial, avec une moyenne de + 40% par an. Le chiffre
d’affaire du secteur devrait passer de 400 millions de
dollars en 2000 à environ 3 milliards cette année.
Cette mine d’or est l’un des agents de la guerre économique
que se livrent les grands groupes. La société américaine
Iridian est spécialisée dans la scannerisation de l’iris de
l’oeil. Le groupe français d’électronique de défense Sagem a
opté pour le traitement informatique des empreintes
digitales. Et c’est une filiale du trust d’armement
américain Raytheon qui fabrique la puce VeryChip.
A lire
La multiplication des technologies de surveillance suscite
depuis peu la rédaction de nombreux ouvrages. Michel
Alberganti, journaliste scientifique au
Monde et producteur de l’émission Science-frictions à
France-Culture, livre, dans Sous l’oeil
des puces, un regard inquiet sur ce qui nous attend.
L’ouvrage rassemble d’une manière claire et compréhensible
les informations nécessaires sur les puces Rfid (radio
frequency identification en anglais). Cette technologie fait
peser une réelle menace sur la démocratie, estime l’auteur.
Un livre qui s’inscrit dans le débat sur le choix de société
qui doit être impérativement mené pour éviter tous les
dérapages possibles. Sous l’œil des puces.
La RFID et la démocratie. De Michel Alberganti. Editions
Actes Sud, 22 euros.
« Sous l'oeil des puces.
La RFID et la démocratie »
Michel Alberganti. Actes Sud.
.
L'autre sous-titre de cet
essai, écrit par un journaliste du « Monde », aurait pu
être « small brothers are watching you ». Car tout au long
de son livre, Michel Alberganti fait très clairement
référence à « 1984 » de George Orwell. Et pour lui, il n'y
a guère de doutes. Les puces à radiofréquence utilisant la
désormais connue technologie RFID font peser un véritable
danger sur la démocratie.
Certes, ces puces qui servent à « tracer » les produits de
consommation ou équipent les cartes Navigo de la RATP sont
a priori bien innocentes. En fait, après les cartes
bancaires, les satellites, les téléphones mobiles, les
systèmes biométriques, Internet et les systèmes de
contrôle radiographique, ces puces constituent la septième
couche d'une véritable matrice à laquelle aucun de nos
mouvements n'échappera. Car non seulement ces couches
seront « largement interconnectées pour n'en former
plus qu'une », mais les puces RFID atteindront
l'échelle nanométrique. Elles pourront donc se loger
partout, y compris dans notre corps.
Finalement, le plus inquiétant, ce n'est pas l'évolution
de la technologie (qui ne fait que ce qu'on lui dit de
faire), mais le climat dans lequel elle arrive à maturité.
La lutte contre le terrorisme a donné libre cours à une
idéologie sécuritaire, et la RFID pourrait servir à
traquer l'être humain à son insu. A l'instar de plusieurs
autres auteurs cités dans le livre, on peut aussi penser
que la technologie pourra être combattue par la
technologie et que l'on pourra « débrancher » les puces.
Ou que les citoyens consommateurs feront valoir leurs
droits. Même si l'on peut trouver le constat parfois
pessimiste, la lecture de cet essai est à conseiller à
tout ceux qui refusent l'optimisme béat.
vendredi 9 mars 2007
ESSAIS
LES AUTEURS DU « MONDE » SOUS L'ŒIL DES PUCES, LA RFID ET LA
DÉMOCRATIE,
de Michel Alberganti
Elles sont minuscules, se présentant sous la forme discrète de
puces de la taille
d'une tête d'épingle munies d'une antenne. Elles ? Les
étiquettes RFID (pour Radio Frequency Identification,
c'est-à-dire identification par radiofréquence), qui devraient
être intégrées dans les prochaines années dans la plupart des
objets quotidiens : vêtements, chaussures, produits
alimentaires, tickets de transport... Au cours d'une enquête
passionnante, Michel Alberganti est parti sur les traces de
ces Small Brothers, des technologies de traçage des personnes
et des objets qui constituent un défi considérable - et
imprévu - pour les sociétés démocratiques. Grâce à Internet,
rares seront nos habitudes, nos déplacements, nos habitudes,
nos préférences et même nos pensées qui échapperont aux
mouchards du plus grand réseau de surveillance jamais créé.
Actes Sud, 270 p., 22 €. Voir la page du
Monde (pdf)
Blog
suisse: Les chroniques numériques de
Bernard Rappaz, rédacteur en chef de TSR multimédia.