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Avec son processeur, sa mémoire et son antenne, la puce radio n’est
autre qu’un minuscule ordinateur capable de communiquer avec
d’autres machines. A ce titre, elle sera rapidement reliée à
Internet afin de faciliter le suivi des produits manufacturés. Et la
Toile se verra alors envahie par une multitude de nouveaux
internautes : les objets porteurs de puces. Les experts travaillent
déjà à l’adaptation du réseau mondial à cette nouvelle population.
Le nouveau protocole de communication d’Internet permettra, entre
autres améliorations, de créer un nombre d’adresses presque infini.
L’objectif n’est plus, en effet, d’être capable d’accueillir sur la
Toile les 6,5 milliards d’êtres humains vivant sur Terre mais bien
de bâtir un nouvel Internet dans lequel les objets seront largement
majoritaires, se comptant rapidement en milliers de milliards, voire
en milliards de milliards…
Malgré leur apparence inoffensive, les puces radio disposent ainsi d’un
potentiel préoccupant. Elles offrent la possibilité de créer une
nouvelle Toile dont la fonction ne sera plus de permettre aux êtres
humains de communiquer entre eux à travers la planète mais bien de
donner les moyens aux commerçants de traquer les internautes. Bien
entendu, les autorités pourront, en cas de nécessité, accéder aux
informations collectées par ces puces radio. Dans un contexte
sécuritaire et sous la menace du terrorisme, ces occasions risquent fort
de se multiplier. Pour ceux qui s’y feront prendre, la Toile se
transformera en une véritable nasse. Mais est-ce si inquiétant ? Pour
les fabricants d’objets et leurs distributeurs, les puces radio ne
représentent qu’un perfectionnement technique dont ils attendent une
amélioration du fonctionnement et de la rentabilité de leur chaîne de
production et de vente. Les puces radio existent déjà dans les usines et
les entrepôts. Il ne s’agit, finalement, que d’étendre leur usage. Aux
magasins eux-mêmes mais également à la rue et au domicile. Ce faisant,
les industriels ne font que généraliser l’informatisation de leur
activité. Outre les gains financiers qu’ils en espèrent, ils mettent en
avant les avantages pour le consommateur. Le service après-vente, par
exemple, sera sensiblement amélioré grâce aux puces qui contiendront
toutes les informations nécessaires à la réparation ou au remplacement
d’un objet endommagé. La santé, également, peut bénéficier des données
stockées dans les dossiers médicaux électroniques.
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On peut toutefois craindre que les puces radio n’ouvrent la boite de
Pandore d’une sécurité poussée à l’extrême. Elles laissent entrevoir
une société dans laquelle, à tout moment, il sera possible de
contrôler les plus intimes détails de la vie privée des citoyens.
Plus question d’espérer le moindre espace de liberté, c'est-à-dire
d’absence de surveillance. Le 11/9 engendrera-t-il le 1984 de
Georges Orwell avec quelques années de retard, certes, sur la date
prévue mais avec des moyens bien plus perfectionnés que ceux
imaginés par l’écrivain visionnaire au sortir de la seconde guerre
mondiale ? Le Big Brother qu’il craignait pourrait se matérialiser
sous la forme de “Small Brothers” beaucoup plus sophistiquées.
Les
sociétés économiquement développées vont-elles accepter de vivre en
permanence sous l’œil des puces ? Dans les années 1970 ou 1980, la
réponse aurait probablement été négative, tant la notion de liberté
individuelle conservait une valeur élevée. Aujourd’hui, l’aspiration
à la sécurité absolue et au risque zéro, l’inscription du principe
de précaution dans la constitution française et la nécessité
obsédante de se protéger contre le risque d’un terrorisme invisible
rendent une réponse positive beaucoup plus probable. Afin que les
citoyens soient en situation de juger en connaissance de cause, il
semble indispensable, sauf à abolir toute notion de démocratie,
d’exposer comment fonctionne cette nouvelle technologie et dans
quelle mesure elle est capable de transformer en profondeur notre
vie quotidienne.
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