Auteur:
Michel Alberganti
Editeur: Actes Sud
Sortie: Mars 2007

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SOUS
l'œil
DES
PUCES
La RFID et la démocratie
L'actualité de la surveillance généralisée des citoyens

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Politiquement, le thème de la sécurité échappe désormais au clivage gauche/droite. En France, le parti socialiste a perdu l’élection présidentielle de 2002 en partie pour ne pas l’avoir compris. Aux Etats-Unis, le président le plus contesté de l’histoire du pays, Georges W. Bush, doit sa réélection au prestige de sa réaction policière et militaire au 11/9, aux mesures qu’il a prises pour protéger son pays et à la guerre qu’il mène en Afghanistan et en Irak. En Angleterre, le premier ministre travailliste, Tony Blair, a adopté une politique ultra sécuritaire. L’Iran et la Corée du Nord réclament l’arme atomique.
Dans ce contexte planétaire, le hasard veut que les progrès de la technologie donnent aux thuriféraires de la sécurité des armes nouvelles dont la puissance leur permet d’espérer parvenir à leur fin : contrôler les faits et gestes des dizaines de millions d’individus qui vivent dans chaque pays. Déjà, les systèmes de surveillance prolifèrent. Les caméras de surveillance se multiplient, les contrôles aux aéroports ou dans les stades deviennent de plus en plus tatillons. Et aucun mouvement de protestation ne s’élève. Ou si peu. Le risque du terrorisme, omniprésent, ne saurait être nié par quiconque. Et puis, si l’on n’a rien à se reprocher…
Mieux, les mesures sécuritaires s’exportent, se mondialisent. Ainsi, les Etats-Unis contraignent de nombreux pays, dont la France, à adopter le passeport biométrique et à participer à la création d’une base de données internationale des déplacements des individus. Qui oserait apparaître, ne serait-ce que par laxisme, comme complice des terroristes ? Il n’y a pas un instant à perdre pour une politique pourtant remise en cause par les agences américaines elles-mêmes, qui considèrent que la stratégie guerrière de George W Bush a contribué à renforcer le terrorisme au lieu l’éradiquer ou, même, de l’affaiblir. Parmi les technologies qui se perfectionnent, il en est une dont les effets sur la société pourraient se révéler particulièrement inquiétants : la RFID, la Radio frequency identification  en anglais, c’est à dire l’identification par radiofréquence. Elle se présente sous la forme anodine et discrète de puces de la taille d’une tête d’épingle munies d’une antenne.
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Ces étiquettes radio devraient être intégrées, au cours de prochaines années, dans la plupart des objets quotidiens : vêtements,  chaussures, produits alimentaires, tickets de transports, cartes bancaires, automobiles, appareils électroniques, téléphones mobiles, ordinateurs portables… Les prévisions tablent ainsi sur l’introduction de milliards de milliards de puces RFID qu’il n’est pas bien difficile d’assimiler à des mouchards.

Bien entendu, ces puces radio à vocation commerciale n’ont, en apparence, aucun lien avec la lutte contre le terrorisme, ni même avec le contrôle policier de la population. Pourtant, elles vont créer le plus formidable réseau de surveillance des individus jamais imaginé. La probabilité de les voir envahir la vie quotidienne est renforcée par leur quasi invisibilité, leur fonctionnement insensible, leur coût bientôt négligeable et leur mode de prolifération via la consommation. En effet, ce ne seront ni la police, ni l’armée, ni les services de renseignement qui prendront en charge leur mise en œuvre. Les principaux vecteurs de la dissémination des puces radio seront des acteurs beaucoup plus discrets mais également beaucoup plus puissants sur le plan financier : les entreprises de la grande distribution.  
Chaque consommateur, chaque citoyen, portera bientôt, souvent sans le savoir, des puces communicantes qui permettront de le suivre à la trace, de reconstituer ses moindres mouvements au cours de sa vie professionnelle comme de sa vie privée. Ces puces sont présentées comme les simples remplaçantes des codes barres déjà présents sur la quasi-totalité des produits manufacturés. En réalité, leur potentiel dépasse de très loin celui de ces séries de lignes qui permettent de connaître le prix d’un objet à la caisse d’un supermarché.
La puce radio contient une quantité d’informations bien supérieure à celle de ce code numérique élémentaire. De plus, l’information qui y est enregistrée peut être modifiée à tout instant. A la caisse d’un magasin, par exemple, la puce du produit acheté peut être enrichie du nom de l’acquéreur, de la date et du lieu d’achat. Enfin, l’information stockée dans la puce pourra être lue à distance à tout moment. Sans doute la propriété la plus préoccupante de la technologie RFID.
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© Michel Alberganti - Actes Sud - 2007