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Politiquement, le
thème de la sécurité échappe désormais au clivage gauche/droite. En
France, le parti socialiste a perdu l’élection présidentielle de 2002 en
partie pour ne pas l’avoir compris. Aux Etats-Unis, le président le plus
contesté de l’histoire du pays, Georges W. Bush, doit sa réélection au
prestige de sa réaction policière et militaire au 11/9, aux mesures
qu’il a prises pour protéger son pays et à la guerre qu’il mène en
Afghanistan et en Irak. En Angleterre, le premier ministre travailliste,
Tony Blair, a adopté une politique ultra sécuritaire. L’Iran et la Corée
du Nord réclament l’arme atomique.
Dans ce contexte planétaire, le hasard veut que les progrès de la
technologie donnent aux thuriféraires de la sécurité des armes nouvelles
dont la puissance leur permet d’espérer parvenir à leur fin : contrôler
les faits et gestes des dizaines de millions d’individus qui vivent dans
chaque pays. Déjà, les systèmes de surveillance prolifèrent. Les caméras
de surveillance se multiplient, les contrôles aux aéroports ou dans les
stades deviennent de plus en plus tatillons. Et aucun mouvement de
protestation ne s’élève. Ou si peu. Le risque du terrorisme,
omniprésent, ne saurait être nié par quiconque. Et puis, si l’on n’a
rien à se reprocher…
Mieux, les mesures sécuritaires s’exportent, se mondialisent. Ainsi, les
Etats-Unis contraignent de nombreux pays, dont la France, à adopter le
passeport biométrique et à participer à la création d’une base de
données internationale des déplacements des individus. Qui oserait
apparaître, ne serait-ce que par laxisme, comme complice des
terroristes ? Il n’y a pas un instant à perdre pour une politique
pourtant remise en cause par les agences américaines elles-mêmes, qui
considèrent que la stratégie guerrière de George W Bush a contribué à
renforcer le terrorisme au lieu l’éradiquer ou, même, de l’affaiblir.
Parmi les technologies qui se perfectionnent, il en est une dont les
effets sur la société pourraient se révéler particulièrement
inquiétants : la RFID, la Radio frequency identification
en anglais, c’est à dire l’identification par radiofréquence. Elle se
présente sous la forme anodine et discrète de puces de la taille d’une
tête d’épingle munies d’une antenne.
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Ces étiquettes radio devraient être intégrées, au cours de
prochaines années, dans la plupart des objets quotidiens :
vêtements, chaussures, produits alimentaires, tickets de
transports, cartes bancaires, automobiles, appareils électroniques,
téléphones mobiles, ordinateurs portables… Les prévisions tablent
ainsi sur l’introduction de milliards de milliards de puces RFID
qu’il n’est pas bien difficile d’assimiler à des mouchards.
Bien entendu, ces puces radio à vocation commerciale n’ont, en
apparence, aucun lien avec la lutte contre le terrorisme, ni même
avec le contrôle policier de la population. Pourtant, elles vont
créer le plus formidable réseau de surveillance des individus jamais
imaginé. La probabilité de les voir envahir la vie quotidienne est
renforcée par leur quasi invisibilité, leur fonctionnement
insensible, leur coût bientôt négligeable et leur mode de
prolifération via la consommation. En effet, ce ne seront ni la
police, ni l’armée, ni les services de renseignement qui prendront
en charge leur mise en œuvre. Les principaux vecteurs de la
dissémination des puces radio seront des acteurs beaucoup plus
discrets mais également beaucoup plus puissants sur le plan
financier : les entreprises de la grande distribution.
Chaque consommateur, chaque citoyen, portera bientôt, souvent sans
le savoir, des puces communicantes qui permettront de le suivre à la
trace, de reconstituer ses moindres mouvements au cours de sa vie
professionnelle comme de sa vie privée. Ces puces sont présentées
comme les simples remplaçantes des codes barres déjà présents sur la
quasi-totalité des produits manufacturés. En réalité, leur potentiel
dépasse de très loin celui de ces séries de lignes qui permettent de
connaître le prix d’un objet à la caisse d’un supermarché.
La puce radio contient une quantité d’informations bien supérieure à
celle de ce code numérique élémentaire. De plus, l’information qui y
est enregistrée peut être modifiée à tout instant. A la caisse d’un
magasin, par exemple, la puce du produit acheté peut être enrichie
du nom de l’acquéreur, de la date et du lieu d’achat. Enfin,
l’information stockée dans la puce pourra être lue à distance à tout
moment. Sans doute la propriété la plus préoccupante de la
technologie RFID.
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