"Aller et venir librement,
anonymement, est l’une des libertés fondamentales dans nos
démocraties", rappelle la CNIL dans un
article publié sur son site le
5 août 2007. Pourtant, pour la RATP, cette liberté fondamentale
à un prix: 5 euros. C'est le tarif du nouveau passe Navigo
disponible depuis le 1er septembre dans la région parisienne et
baptisé: "Découverte". Ce dernier se distingue de son homologue
Navigo tout court, gratuit mais non anonyme, c'est à dire qu'à
chaque entrée dans le métro, les données nominatives associées
au lieu et à l'heure du passage sont enregistrées et conservées
48 heures, une durée limitée grâce aux pressions de la CNIL.
Mais celle-ci n'aura pas réussi à éviter que l'anonymat ne soit
payant. D'après la RATP, l'enregistrement du numéro du passe
associé au nom de l'abonné est destiné à la lutte contre la
fraude. Or, le numéro seul suffit pour détecter un usage
frauduleux de passes dupliqués. Pourquoi, dans ces conditions,
permettre l'anonymat avec le Navigo Découverte? Il s'agit en
fait de préserver une solution anonyme assurée, jusqu'à présent,
le ticket magnétique de la Carte Orange. En supprimant cette
dernière, la RATP crée donc le Navigo Découverte anonyme. Mais
le fait payer... On note que la CNIL ne fait pas état de cette
contrainte.
L'hypocrisie de l'invocation de la
lutte contre la fraude masque le véritable objectif de
l'enregistrement des noms des abonnés: la possibilité offerte
aux autorités de pister un suspect grâce à ses déplacements dans
le réseau du métro et des bus d''Ile de France. A moins qu'il ne
dispose de 5 euros pour se munir du passe Découverte. Ce qu'il
ne saurait manquer de faire. Grâce au passe nominatif, les
autorités pourront donc pister tous ceux qui n'ont rien à se
reprocher. Un progrès considérable...
Le gouvernement veut tripler le
nombre de caméras de surveillance installées en France et
estimées à 300 000 aujourd'hui. Surtout, Michèle Alliot-Marie,
ministre de l'Intérieur, a fait part, le 26 juillet de son
souhait de disposer, à l'automne prochain, "d'un dispositif
harmonisé et complet"."Des crédits très importants" vont
être consacrés à "l'interconnexion" des différents
systèmes, a-t-elle précisé.
La ministre a souhaité une
"meilleure mise en réseau [avec] tous ceux" qui
utilisent déjà cette technologie, citant notamment "les
collectivités, la RATP, la SNCF, les grands magasins". Par
ailleurs, elle a précisé qu'il n'était "pas question que la
police ait accès aux données" des installations privées. Or
les magasins sont, semble-t-il, des domaines privés...
L'inspecteur général Philippe
Melchior doit remettre ses propositions en ce sens fin septembre
au gouvernement. La police "pourra utiliser par exemple plus
facilement les caméras qui sont à l'intérieur d'une gare, qui
sont dans le métro", a expliqué Michèle Alliot-Marie. Mais
le gouvernement veut améliorer la qualité des images. "Pour
être efficace, il faut que l'on puisse reconnaître les
personnes", a relevé la ministre. La facture pourrait
donc atteindre "plusieurs centaines de millions d'euros au
total".
Dominique Bussereau, le secrétaire
d'Etat aux Transports, a indiqué qu'avec les autoroutes aux
péages virtuels, sans barrières, "il faudra lire les plaques
d'immatriculation. Donc on pourra peut-être combiner la
vidéosurveillance à l'exploitation des autoroutes du futur".
"Il ne s'agit pas de faire Big
Brother", a-t-il assuré. Interrogés sur les risques pour les
libertés individuelles, le secrétaire d'Etat et la ministre se
sont contentés de renvoyer les journalistes à la loi du 23
janvier 2006. Or, dans un avis rendu avant l'adoption définitive
du texte, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des
libertés) avait demandé des garanties. En février 2006, elle
estimait n'avoir été que partiellement entendue. Elle regrettait
notamment que n'ait pas été prise en compte sa réserve sur la
"prise systématique de photographie des occupants des véhicules
empruntant certains axes de circulation". Une soixantaine de
sénateurs socialistes avaient saisi le Conseil constitutionnel
sur cette mesure. Mais les Sages avaient jugé cette disposition
conforme à la Constitution.
La CNIL, représentée par Mathias
Moulin, a précisé, lors de
l'émission "Du grain à moudre" diffusée le 14 mai sur France
Culture que la RATP prévoit de généraliser, dès septembre 2007,
le passe Navigo pour les cartes mensuelles d'abonnement aux
transports parisiens. Ce qui revient à supprimer les cartes
oranges magnétiques. Dans ce contexte, la RATP envisagerait de
proposer une option d'anonymat, probablement payante, à ses
abonnés. Jusqu'à présent, passe Navigo et ticket magnétique
cohabitant, c'était ce dernier qui permettait de voyager tout en
restant anonyme. Avec la suppression du ticket, c'est donc une
option d'anonymat qui viendrait le remplacer dans ce domaine. La RATP
avait envisagé une telle offre dès le lancement du passe Navigo en avril 2006. Elle
prévoyait alors un surcoût de 5
euros pour cette option avant d'y renonce. Les franciliens, dès
la prochaine rentrée scolaire, devront donc peut-être se déterminer face à cette offre.
→ Commentaire
audio:
Sources:
→ Extrait de "Du grain à
moudre" sur le projet RATP:
→ Emission complète "Du grain à
moudre" - 14 mai 2007:
11 février 2007 Passeport
français: la puce démasquée
Il aura fallu attendre la publication du dossier spécial de
la revue La Recherche, en ce mois de février, pour que la puce
RFID intégrée dans le nouveau passeport électronique français soit
enfin "démasquée". C'est le journaliste Pierre Vandeginste,
collaborateur de La Recherche, qui dévoile les risques que
présente une telle puce, de l'aveu de certains experts eux mêmes,
à la fois dans son article intitulé: Des
hommes, une puce et des libertés individuelles (page 64 du
dossier de La Recherche) et sur son blog Aie! Tech. Dans ce
dernier, il dénonce "le scandale du passeport RFID, ou plutôt
le scandale du non-scandale du passeport RFID". De fait, il
est remarquable sur l'intégration d'une telle puce n'ait pas
soulevé de débat en France. Sur le site du ministère de
l'intérieur, pas la moindre information sur ce sujet. Le citoyen
n'a donc guère de chances d'être informé sur le fonctionnement de
ce nouveau document d'identité délivré depuis juillet 2006. Il
était urgent de le mettre au courant. En attendant l'arrivée de la
carte d'identité électronique.